Depuis décembre 2024, un projet fait beaucoup parler à Trets : la possible implantation d’un grand centre de formation de l’Olympique de Marseille sur le site de la campagne Roubaud, route de Rousset, en bordure du quartier de la Burlière.
L’hypothèse est apparue après un article de L’Équipe évoquant l’intérêt du club, qui cherche depuis plusieurs années un terrain pour développer de nouvelles infrastructures destinées notamment à son centre de formation et à ses équipes féminines. Une délibération de la Métropole a d’ailleurs ouvert à l’urbanisation environ 13 hectares dans ce secteur, avec l’idée d’y aménager un grand plateau sportif comprenant plusieurs terrains de football, des bâtiments de formation, un hébergement pour sportifs et des stationnements.
Pour l’instant, rien n’est toutefois signé et le projet reste à l’état d’hypothèse. Il a déjà pris du retard et pourrait être fragilisé par la situation financière actuelle de l’OM, qui affiche un déficit de 105 millions d’euros.
Face à ce dossier qui suscite de nombreuses interrogations à Trets, vous avez été nombreux à demander quelle est la position des candidats aux municipales. Voici donc la question la plus directe qui leur a été posée. Après les réponses de S Fayolle Sanna et A Guiboud Ribaud hier place à celle du maire sortant Pascal Chauvin. Celle ci est bien longue car il a fallu rebondir pour avoir les réponses claires et précises que vous souhaitiez avoir sur ce qui fera ou non signer la mairie. Le site l’avait déjà interviewée (par écrit en novembre dernier mais beaucoup de tretsois n’avaient pas eu les réponses attendues.

Quelle est aujourd’hui votre position sur le dossier de l’OM et surtout allez-vous signer le permis de construire de leur camp d’entraînement ?
On s’est déjà exprimé sur le sujet. En fait, on nous tourne la question de cette façon, mais il n’y a pas de projet, il n’y a pas d’offre. Il n’y a pas de positionnement officiel de l’Olympique de Marseille pour l’acquisition de ce terrain.
Après, nous, ce qu’on peut dire, c’est que oui, le zonage a changé en décembre 2024 pour offrir à la ville des opportunités de développement. Mais bon, qu’est-ce qu’il s’est passé en décembre 2024 ? Pas un recours de l’opposition sur ce déclassement.
JC SOLA adjoint à l’urbanisme : Ils auraient pu attaquer le PLUI sur cette base-là . Pas un recours de personne, ni du préfet, ni de qui que ce soit, ni même de la région, parce qu’on a entendu que ce n’était pas conforme aux STRADDET (schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires ) , mais c’est tout à fait conforme aux STRADDET, sinon la région aurait attaqué. Pas une observation en ce qui concerne cela.
P CHAUVIN : Je crois qu’en fait, le sujet OM crée la polémique pour nos détracteurs. Ils jouent sur cette polémique, ils jouent à faire peur. Mais je crois qu’au-delà du sujet l’OM, c’est de la vision de Trets qu’on doit avoir. Justement, quelle vision de Trets on a dans l’avenir ? Si je refais un retour dans le passé, Trets a refusé le développement économique au niveau de l’industrie. C’est parti à Rousset. Et quand Trets a 1,4 million de compensation de la taxe professionnelle par la métropole, Rousset a 8 millions. Cette zone a enrichi Rousset.
Dans les années 90, Trets a refusé GM+, avec à la clé des recettes, de l’emploi, qui font la richesse de Gémenos. Et à Trets, on est voué à quoi ? À toujours tout refuser ? Mais si on refuse tout, un jour la ville, c’est l’héritage quelque part qu’on donne. Nous, on a récupéré un héritage, mais nous, quel héritage on veut donner aux futures générations ? Une ville qui s’appauvrit ? Qui ne compte que sur le foncier actuel ?
Quand tu gagnes 1 000 euros aujourd’hui de recettes foncières, tu fais pour 1 000 euros. Mais demain, pour entretenir la ville, couper et tailler les arbres, acheter les denrées alimentaires pour la cantine, refaire les routes, entretenir les lotissements, ça va coûter plus cher. Si tu n’as toujours que ces 1 000 euros, Trets n’y arrivera plus. Et les gens diront quoi ? La ville n’entretient plus, la mairie ne fait rien. Et les enfants de Trets, demain, ils sont voués à aller travailler ailleurs.
Voilà la question qu’il faut se poser. Moi, je veux bien entendre qu’on veut notre souveraineté alimentaire, mais ça, c’est un débat national, c’est un débat européen. Les agriculteurs de Trets, que j’adore, mais ils ne peuvent pas aujourd’hui nourrir 800 enfants dans les cantines. Mais c’est un leurre, c’est une aberration de dire ça. Les agriculteurs de Trets, aujourd’hui, ne peuvent pas nourrir 11 000 personnes. C’est une aberration de dire ça.
Voilà , donc en fait, au travers de cette parcelle, de ces 13 hectares, c’est tout le sens, la vision qu’on a de la ville. Toutes les villes ne pensent qu’à avoir des ressources pour aller plus loin, pour faire mieux, ou peut-être aujourd’hui, au travers du contexte national et international, de continuer à assurer ce qu’elles doivent assurer.
Et nous, à Trets, chaque fois qu’il y a une opportunité, on n’en profite pas. On a des opportunités pour la création de richesses, d’emplois, c’est ce qui fait tourner l’ensemble de notre territoire, et on ne le fait pas. Pourquoi ? Pour des dogmes, pour un esprit sectaire, pour une certaine idéologie. Quel agriculteur aujourd’hui est venu en mairie nous dire : « J’ai besoin de terres » ? Ce n’est pas à la commune de donner des terres aux agriculteurs, c’est à la SAFER de mettre à disposition des terres pour que les agriculteurs en fassent l’acquisition.
Ce n’est pas à la commune. Il y a, dans la plaine de Trets, autant de terres incultes quasiment que de vignobles. Il y a 900 hectares de vignobles, nous avons 700 hectares de terres non cultivées. C’est le rôle de la SAFER, de la Chambre d’agriculture, de travailler sur ces terres, de pouvoir les acheter et les revendre aux agriculteurs. C’est ça l’agriculture en France. Ce n’est pas à la commune, finalement, peut-être, de continuer à faire ce que nous avons fait : mettre à disposition gratuitement des terres à des agriculteurs.
Nous l’avons fait par bienveillance, parce qu’on croit qu’il est nécessaire parfois de donner un coup de main, d’aider tout le monde, de mettre le pied à l’étrier pour s’installer. Mais il faut bien penser une chose : quand tu fais plaisir à un, tu fais de la peine à deux ou à trois qui vont venir te dire : « Pourquoi je n’ai pas eu de terres gratuites ? » Et tu réponds : pourquoi ? Parce qu’on n’a que 13 hectares, pas 30. Et encore, il y avait deux hectares qui n’avaient pas preneur, alors que c’était mis à disposition gratuitement. Donc il faut arrêter de se faire des films.
JC SOLA : Et j’ajoute également que le territoire de Trets, c’est 94,5 % agricole et forestier. Et malgré le déclassement de ces 13 hectares, on est en positif en zone agricole. C’est-à -dire qu’on a supprimé ces 13 hectares de la zone agricole dans le PLU 2024, donc personne n’a rien dit. Et pourtant, on a rendu plus de 3,5 hectares de zone agricole. Donc on est positif : on a rendu de la zone agricole.

Mais si l’OM arrive, parce qu’on est d’accord, il n’y a pas de projet, mais s’ils arrivent et qu’ils vous proposent un projet, qu’est-ce qui vous fera dire oui dans leur projet ? Pour le faire signer ?
Moi, je ne focalise pas sur le projet de l’OM. Il faut que ce soit intéressant pour la ville.
Sur du long terme, surtout, c’est ça ?
À la fois sur le court terme.
Le court terme, ça peut être potentiellement un prix d’acquisition qui permettra à la ville de réinvestir ailleurs. Aujourd’hui, nous avons des terres agricoles qui ont coûté 850 000 euros à la commune. 850 000 euros d’impôts des Tretsois. C’est quasiment le prix de rénovation de la Forge. Voilà . Et c’est trois fois le prix de l’agricole.
Donc, c’est étudier ce qu’une vente pourrait apporter pour les rendre aux Tretsois. Parce que ce n’est pas de l’argent que la ville se met dans la poche, alors ça ne ressort plus. C’est pour investir dans tout ce qu’on a évoqué. Toutes les attentes des Tretsois. On a parlé des attentes. Ils veulent quoi ? Qui veut du stationnement ? Qui veut qu’on rénove les écoles ? Qui attend qu’on fasse la voie verte ? Qui attend qu’on leur fasse un vestiaire à La Gardi ? Les gens de la campagne Roubaud.
Les Tretsois, ils attendent quoi ? Stationnement, aménagement, vestiaires pour les associations, un village propre.
Voilà ce que veulent les Tretsois. Le dynamisme commercial. C’est ce qu’ils attendent.
Et sur du long terme aussi ?
Les avantages, c’est voir ce que ça crée comme emplois, ce que ça rapporte au niveau des taxes financières. C’est un package. Il y a des enjeux pour Trets. Et c’est, encore une fois, prévoir l’avenir. Quand on a déclassé ou reclassé, c’est prévoir, s’offrir, au moment où le PLUI entre en vigueur, de se donner une opportunité.
Mais ce n’est pas pour ça que les terres n’ont plus été exploitées. Les gens parlent de terres agricoles. Réglementairement, ce ne sont plus des terres agricoles depuis décembre 2024. Mais ce sont des terres exploitées par des agriculteurs.
Ils exploiteront encore un an, deux ans, cinq ans, dix ans. Voilà . Mais on se laisse une opportunité. Parce que le PLUI ne se change pas tous les six mois.